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 LA LEGENDE DE MARTIN-MARTINE DE CAMBRAI

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De_Vlaamse
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MessageSujet: LA LEGENDE DE MARTIN-MARTINE DE CAMBRAI   Lun 18 Mai - 18:25

On peut
voir, à l'horloge de l'hôtel de ville de Cambrai, deux jacquemarts sonnant les
heures, autrement dit, deux automates qui frappent avec un marteau sur une
cloche pour indiquer les heures. On les appelle Martin et Martine et ils ont
les traits de deux anciens Maures. Voici quelle est la légende, qui se rattache
à leur origine. Au début de Vé siècle, les
Wisigoths, venant du nord, envahirent la Gaule et, sous les ordres
d'Ataulf, descendirent jusque dans le sud, repoussant en Afrique les Vandales. Au
Vl siécle, ces Wisigoths furent, à leur tour, refoulés en Espagne par ; les
Francs et s'y installèrent; mais, au bout de trois siècles, leur roi Witiza,
dans la crainte de se voir supplanté par Rodrigue, appela à son aide les Musulmans
qu'on nommait à cette époque; les morisques. ils répondirent à l'appel du roi
Wisigoth; leur calife Tarik vainquit Rodrigue, mais, au lieu de rentrer chez
eux, ils s'établirent en Espagne, jusqu'au jour ou le roi Philippe III les en
chassa définitivement. Les quelque trois cent mille Morisques qui séjournaient
encore en Espagne regagnèrent alors en majorité leur patrie, d'autres vinrent
se réfugier en France, remontant jusque dans le nord, ou certains étaient déja
venus à la suite de Charles-Quint, accouru précipitamment d'Espagne pour mater
une révolte des Brugeois. Hakem était un de ces Morisques, qui avait suivi,
tout jeune, en qualité de page, les armées de Charles-Quint et, la guerre
finie, il avait fixé son séjour à Cambrai, suivant l'exemple de plusieurs de
ses compatriotes qui stationnaient également dans le région, attendant d'avoir
pu amasser l'argent nécessaire à leur voyage de retour. Hakem gagnait bien sa
vie, car il était d'une habileté remarquable pour tresser le jonc et la paille,
afin d'en faire des paniers et des corbeilles. il était également expert dans
l'art de broder le cuir avec des fils d'or et d'argent: travail fort apprécié
par son originalité, et maints seigneurs lui apportaient leurs selles afin
qu'il pût les enrichir de cette façon. Enfin, Hakem connaissait le secret des
aciers de Tolède et se rendait fort utile par toutes ses connaissances aux
différents artisants de la ville. Naturellement Hakem était profondément
musulman et, bien que se trouvant dans un pays infidèles, il n'omettait aucun
des préceptes rigides de Coran: se prosternant vers La Mecque à l'heure de la
prière, observant les jours de jeûne, ne buvant ni vin, ni alcool. ce culte et
les rites bizarres qui l'accompagnaient ne manquaient pas cependant de le faire
considérer avec une certaine crainte par les habitants qui, à cette époque,
étaient fort timotés sur ces questions. A morts couverts on disait qu'il était
sorcier; certains allaient même jusqu'a affirmer qu'ils avaient vu le diable
apparaître chez lui; qu'il fabriquait des philtres, jetait des sorts... Bref,
on l'évitait le plus possible et nombreux étaient ceux qui se signaient lorsqu’ils
l’apercevaient. Hakem, cependant, était un être bien inoffensif. Tout au
contraire, il était extrêmement bon et charitable; mais cette fierté innée de sa race, cette
allure hautaine, dont il ne se rendait pas même compte finissaient par énerver
les gens, qui commençaient à souhaiter sont départ. Hakem demeurait dans une
petite échoppe de la rue Cantimpré, à deux pas de l'Escaut, et il soupirait
devant le ciel gris des Flandres, ses brouillards, sa bise froide, en pensant à
son Espagne ensoleillée, dont le ciel était éclatant et les fleurs
merveilleuses. A deux pas de chez lui, demeurait un tanneur du nom de
Coosemans, dont le plus grande richesse consistait en une fille d'une étonnante
beauté, répondant au nom de Martine. Son bon cœur s'était pris d'affection pour
le Morisque, dont elle comprenait la nostalgie dans ce pays se différent du
sien, au milieu de l'hostilité presque générale. Martine se rendait souvent
chez Hakem, aimait à le voir travailler et s'émerveillant des jolies choses
qu'il fabriquait. Pendant ce temps, le Maure parlait à la jeune Fille des
beautés de son pays. En outre, Hakem, qui n'avait jusqu'alors entrevu la beauté
que dans les filles de sa race aux cheveux et aux yeux noirs, au taint brun,
des bords du Guadalquivir, n'avait pas tardé à admirer les blonds cheveux de
lin et les yeux de pervenche de la jolie Flamande. De son côté, Martine avait
été attirée par le taint d'ocre chaud, les yeux de braise et les dents éclatantes
de l'Africain. Si bien qu'un jour, sans se l'être encore avoué et tout
naturellement, ils s'aperçurent qu'ils étaient amoureux l'un de l'autre. A
partir de ce moment, une sorte de gêne s'établit entre eux, car aucun n'osait
avouer à l'autre les sentiments qu'il ressentait. Enfin, un jour Hakem se
décida a parler:
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De_Vlaamse
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MessageSujet: Re: LA LEGENDE DE MARTIN-MARTINE DE CAMBRAI   Lun 18 Mai - 18:25

Martine,
lui dit-il, tu as sans doute deviné à quel point tu m'étais chère et, bien que
je sois d'une race différente de la tienne, mon cœur bat comme celui de tous
les autres hommes. Tu me rendrais le plus heureux du monde si tu consentais à
devenir ma femme. Hakem, je t'aime beaucoup moi aussi, sans te l'avoir encore
jamais dit, et j'accepterais avec une grande joie de t'épouser. Hélas! tu sais
qu'en dehors de ton physique et de tes coutumes il est autre choses et beaucoup
plus grave a mes yeux qui nous séparer à jamais...



Qu'est-ce
donc ?



Tu es
musulman et jamais on ne nous permettra
de nous marier ensemble. Ce serais un tel scandale que notre vie en deviendrait
impossible.. Je serais excommuniée, et tout le monde, même ma famille, me
renierait. il faudrait de Cambrai.



Et après
? Nous irions tous deux en Espagne. Tu verras
comme elle est belle. Tu ne peux pas te l'imaginer.



Non,
Hakem, non. Mon père est vieux et ce serait pour lui un coup trop dur. Je ne
peux lui causer ce chagrin, ni l'abandonner... Mais pourquoi ne deviendrais-tu
pas chrétien comme moi ?



Moi ! Tu
voudrais de moi comme renégat, s'exclama Hakem avec douleur. Malgré tout
l'amour que j'éprouve pour toi, Martine, ce que tu me demandes la est
impossible. Je préférerais mourir que de renier la religion de mes pères.
D'ailleurs, n'est-elle pas aussi bonne que la tienne ? Ne recommande-t-elle pas
elle aussi de s'aimer les uns les autres, de vivre dans la paix et le bonheur ?
Sans doute, Hakem.... Mais, réfléchis bien... j'ai bien réfléchi, Martine, et,
quel que soit le mal que je te cause, ne me demande plus jamais une telle
chose... Je hais ton Dieu, car, c'est à cause de lui que les tiens ont massacré
tant des notres... Crois-moi... Fuyons en Espagne: N'aimerais-tu point
connaître ces merveilleuses cités dont je t'ai si souvent parlé: Grenade,
Cordoue, Séville... avec leurs patios tapissés de ces faien ces qu'on nomme des
azulejos et qui reflètent le ciel limpide et bleue de l'Andalousie ? Partout,
le soleil coule à flots, mettant la joie au cœur et le bonheur de vivre dans
les yeux... Ah! ce n'est pas comme ici... Et puis, nous franchirons la mer pour
gagner l'Afrique un pays ou tout est en or, depuis son sable chaud jusqu'aux
resplendissantes coupoles de ses mosquées et de ses minarets qui sont nos églises à nous... Tu
verras, Matine, quel les incomparables richesses je te montrerai... Non, Hakem.
Tout cela ne me tante pas et ne m'intéressera que le jour ou tu consentiras à
te faire chrétien. Alors, ce jour-là, je serais prête à te suivre partout. Tu
pourras faire de moi ton esclave. Tu vois à quel point je T'aime... Les jours
passèrent, mais, en dépit des supplications et des pleurs de Martine, Hakem, le
coeur ulcéré de voir chagrin qu'il lui causait, demeurait inflexible. Sur ces
entrefaites, des voisins jaloux, et qui haïssaient le Morisque, complotèrent
pour obtenir qu'il fût enfin chassés de la ville, ou sa présence les
importunait. Ils se rendirent auprès du prévôt et déclarèrent qu'il fallait en
finir avec ces mécréants de païens. Ils alléguèrent qu'ils volaient les petits
enfants et incitaient la population catholique à devenir hérétique. Le résultat
de telles calomnies ne se fit pas attendre. Quelques jours plus tard, un édit
fut proclamé enjoignant a tous les musulmans d'avoir à quitter la ville dans le
plus bref délai et de se considérer comme proscrits. Le chagrin de Martine fut
très grand, quand elle apprit qu'elle allait être à jamais séparée de Hakem;
mais ce fut en vain qu’une fois de plus elle intercéda auprès de lui pour qu'il
consentît à changer de religion, afin de n'être plus pourchasse. Or Martine
était aimée de messire van Richter, premier juge du Saint-Office qui, à
plusieurs reprises déjà, lui avait fait part du désir qu'il éprouverait si elle
acceptait de devenir sa femme. Van Richter était un homme puissant et fortuné,
et sa situation lui conférait une influence considérable; mais il était d'abord
beaucoup plus âgé que Martine et celle-ci lui fit très aimablement comprendre
qu’elle ne l’épouserait jamais. Van Ritchter se fût peut-être consolé de sa
désillusion, s’il n’avait appris que Martine en aimait un autre et que c’était
précisément un de ces Morisques abhorrés. Il rechercha le moyen soit de se
venger d’eux, soit de sa débarrasser de Maure. Un matin qu’il venait d’arriver
à l’hôtel de ville, il trouva dans son bureau de vielle Ulrique, une horrible
sorcière qui vivait de revenus plus ou moins avouables dans un quartier sordide
de la ville. Sous ses apparences de mendicité. Ulrique servait surtout
d’espionne aux magistrats : leur rendant compte des mécontentements, des
auteurs de troubles, dénonçant non seulement certains coupables que le prévôt
recherchait, mais profitant de cette situation pour se venger abominablement de
ceux qui avaient encouru sa haine. Nul ne se méfiait d’elle cependant, et
nombre de ceux qu’elle fit ainsi emprisonner ou livrer au bourreau ne connurent
ni ne soupçonnèrent jamais celle qui les avait livrés. Messire, dit-elle avec
un hideux sourire de sa bouche édentée, j’ai une importante nouvelle à vous
annoncer. Parler, dit van Richter, non sans dissimuler le dégoût que cette
présence odieuse lui causait toujours. J’ai appris que ce mécréant de Morisque…
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De_Vlaamse
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MessageSujet: Re: LA LEGENDE DE MARTIN-MARTINE DE CAMBRAI   Lun 18 Mai - 18:25

Hakem ! s’écria van Ritcher subitement intéressé.



Lui-même…Cette
âme damnée, ce suppôt de Satan.



Vient de
s’enfuir de la ville, cette nuit. Tant mieux ! Au moins nous serons
débarrassés de son insupportable présence et cela nous évitera de l’y
contraindre. Oui, oui, sans doute, reprit la vieille en plissant les paupières…
Mais il ne s’est pas enfui tout seul…



Que
veux-tu dire ? cria Ritchter en bondissant de son fauteuil… Qui ?



Calmez-vous,
messire… Si je n’étais venu vous l’apprendre, vous ne sauriez encore rien… Eh
bien ! Ce Hakem à quitté Cambrai en emmenant avec lui la belle Martine
Coosemans…



C’est
faux ! Rugit le magistrat en devenant apoplectique sous l’effet de sa
rage. Il est d’en avoir la preuve… Envoyez quelqu’un chez elle et vous aurez
confirmation…Je sais ce que je dis.



Comment
l’as-tu su ?



Oh !
Facilement. J’ai surpris hier le Maure qui préparait ses paquets et j’ai
remarqué que, dans l’un d’eux, se trouvaient des vêtements de femme. Cela m’a
naturellement intriguée, d’autant. Mieux qu’avec ces gens-là on doit s’attendre
à tout… Alors, je me suis cachée et un peu plus tard j’ai aperçu Martine qui
entrait chez lui. Quand elle est ressortie, je l’ai entendue qui disait :
Soit. Alors je te retrouverai ce soir au bord de l’Escaut, sur la route de
Saint-Quentin….



Van
Ritchter frappa violemment du poing sa table de travail :



Misérable !
Pourquoi ne m’avoir pas prévenu plus tôt… A cette heure maintenant, ils sont
déjà loin … Tu mériterais…. Ne soyez pas injuste, messire… D’abord, ils n’ont
pas tellement d’avance qu’on ne puisse les rattraper. Ensuite, je vous ai
cherché en vain et l’on ma répondu que vous étiez allé à Bouchain…



C’est
bon ! Il n’y a pas le temps à perdre, rugit Richter en se précipitant au
dehors …



Quelques
instants plus tard, à la tête d’une douzaine de gens d’armes à cheval, van
Richter franchissait la porte de Cambrai et s’élançait au galop dans la
direction de Saint-Quentin. En effet, comme l’avait dit la sorcière, Hakem et
Martine avaient décidé de fuir les deux. Ne pouvant se résoudre à vivre l’un
sans d’autre, et Martine, désespérant d’obtenir le conversion du Maure, avait
accepté de le suivre dans son exode en lui rappelant cependant que, pour rien
au monde, elle non plus n’abdiquerait sa foi. Hakem lui avait solennellement
promis de n’y jamais faire la moindre allusion et ils avaient profité de la
nuit pour mettre leur projet à exécution. Tout s’était déroulé selon le plan
prévu et sans le moindre incident. Martine avait retrouvé Hakem à l’endroit
convenu ou il l’attendait avec deux mules toutes harnachées, et, dès qu’ils
furent réunis, ils se mirent en route dans la nuit. L’intention de Hakem était
de traverser la France
et de gagner l’Espagne. Ils étaient fort loin de songer que déjà leur fugue
était connue et pensaient, au contraire,
avant qu’on eût découvert leur départ qu’ils auraient mis entre eux et cambrai
une distance suffisamment grande pour les préserver de toute représailles. A l’heure
ou l’horrible Ulrique les dénonçait, Hakem et Martine venaient de traverser
Ham, se dirigeant vers Noyon, et se croyant en parfaite sécurité. Van Richter
et ses soldats arrivèrent à Saint-Quentin dans la matinée. Ils n’eurent aucun
mal à savoir le chemin que les fugitifs avaient pris quelques heures plus tôt,
car Hakem, avec son turban et son teint basané, n’était pas précisément
personnage à passer inaperçu, d’autant mieux que la présence de la jolie
Martine à ses côtes suscitait la curiosité des habitants sur leur passage. Si
bien que le Maure et sa compagne arrivaient en vue de Guiscard, quand le bruit
d’une galopade retentit dans leur dos. Ils se rangèrent sur le bas-côté de la
route, pensant qu’il s’agissait de quelque seigneur retour de chasse, mais
soudain ils se trouvèrent entourés d’hommes d’armes. Martine poussa un cri de
terreur en reconnaissant van Ritcher. Elle comprit, au sourire cruel qui
illuminait le visage du juge, qu’ils étaient perdus. Ah ! C’est ainsi que
tu enlèves les femmes de nos villes s’écria le magistrat en s’adressant au
Maure impassible que la fatalité semblait accabler…C’est faux, intervint
courageusement Martine. Il ne m’a pas enlevée. C’est moi qui, de mon plein gré,
lui ai demandé de m’emmener avec lui. Ouais ! Il t’a ensorcelée… Nous
savons de quoi tous ces démons sont capables… Mais il ne nuira plus désormais…
Grâce ! Grâce !gémit Martine en se jetant aux pieds de son ennemi…



Le
Tribunal en décidera… Pendant ce colloque, les gens d’armes avaient enchaîné
Hakem, qui continuait à accepter sont sort avec cette incomparable sérénité
devant le Destin qui caractérise sa race. Tuez-moi ! supplia Martine… Mais
ne l’emmenez pas… Il est innocent. Je vous le jure… Vous êtes des bourreaux… Et
comme elle se jetait sur les soldats pour essayer, la malheureuse, de délivrer son fiancé, van Ritcher ordonna qu’elle soit
également enchaînée. Les ayant attachés côte à côte, ils s’en revinrent à
Cambrai en remorquant leurs captures. Tout le long de la route, les gens
affluaient pour regarder le cortège et, voyant qu’il s’agissait d’un Maure et
d’une Flamande, les couvraient d’injures et d’immondices, les traitant de
renégats, d’hérétiques, de démons. On leur crachait au visage. Les gamins leur
jetaient des pierres, tandis que l’escorte riait et laissait faire, estimant
que ces deux païens n’avaient que ce qu’ils méritaient. Arrivés à Cambrai, ce
fut pis encore et, sans une troupe d’archers accourus prêter main-forte, la
populace se fût emparée des deux jeunes gens et leur eût fait un mauvais parti,
tant les esprits étaient montés contre eux. Il faut dire qu’entre temps Ulrique avait travaillé dans
ce but, colportant partout que Hakem avait obligé Martine à se faire musulmane,
inventant une foule de calomnies et allant jusqu'à dire qu’ils avaient
ostensiblement craché dans le cathédrale pour prouver leur haine de Dieu. Sous
les cris hostiles, ils furent conduits à la prison et le tribunal siégea
sur-le-champ pour statuer sur leur cas. On décida de les mettre au supplice
pour leur faire avouer leurs erreurs. Mais, en dépit des tourments qu’ils
endurèrent, Harem, qui ne poussa pas une
plainte, conservant toujours son visage
impavide, jura qu’il n’avait jamais détourné Martine de ses devoirs. Quant à
celle-ci, elle donna toutes les preuves
exigées qu’elle n’était point une renégate, si bien que l’un des abbés qui
siégeaient se sentit ému par la sincérité de la jeune fille et intercéda en sa
faveur. De sont côté, van Ritcher éprouvait de grands remords de voir ainsi
maltraiter celle qu’il aimait toujours et il donna l’ordre qu’on les
reconduisît en prison en attendant que leur peine soit décidée. Le tribunal se
réunit à nouveau et il fut résolu que, puisque Hakem et Martine avaient voulu
unir leurs destinées, ils continueraient à vivre côte à côte jusqu’à leur mort,
et on leur infligea un infâme et effroyable châtiment. Enchaînés auprès l’un de
l’autre, mais de telle façon qu’ils ne pouvaient se toucher, ils furent
condamnés à être perpétuellement enfermés dans la tour de l’horloge de l’hôtel
de ville, sous la surveillance permanente d’un gardien. Lorsque l’heure sonnait
au beffroi, ils devaient, armés chacun d’un lourd marteau, paraître tous deux
sur une espèce d’encorbellement au-dessus de la place et frapper sur une cloche
le nombre de coups correspondants. C’était un supplice pire que
l’emprisonnement. De nuit comme de jour, sans s’inquiéter de leur fatigue, les
empêchant ainsi de dormir plus d’une heure à la fois, le gardien les
contraignait à coups de fouet à se lever et à prendre le lourd marteau que
Martine pouvait à peine soulever, pour aller sonner l’heure. Le jour, une
multitude se pressait sur la place pour les voir, attendant avec impatience le
moment ou ils allaient paraître, les accablant de lazzis. D’autre part, le
bourdonnement incessant et monotone de la cloche qui, longtemps après qu’ils
avaient sonné, se répercutait encore dans leur cellule, emplissait tout leur
cerveau d’une atroce obsession. Hakem se désespérait d’avoir été la cause de
toutes les souffrances de Martine. Sa rage et sa douleur étaient telles de la
ainsi près de lui, sans pouvoir venir à son secours sans même pourvoir lui
aider à lever ce pesant marteau qui la ployait en deux et qu’elle avait peine à
manier, qu’il essayait de briser ses chaînes, se meurtrissant les chars.
Quand le gardien frappait brutalement
Martine de son fouet, estimant qu’elle ne tapait assez fort, Hakem grinçait des
dents comme un fauve et eût mordu l’homme s’il s’était à sa portée.
Hakem ! murmurait Martine… Concertis-toi, je t’en supplie Que ce supplice
finisse…. Jamais Martine. Je serais maudit pour l’éternité et je souffrirais
plus encore qu’en ce moment… J’errerais sur terre jusqu'à la consommation du
monde comme un chien pestiféré condamné lité encore que notre bourreau…



Fait-le
pour moi…



Pourquoi
donc veux-tu que je me convertisse à ton Dieu, qui n’est pas capable de faire
cesser notre injuste supplice. S’il est supérieur au mien, qu’il le prouve, et
alors je te donne ma parole que je reconnaîtrai sa puissance sur-le-champ et
qu’il n’aura jamais de plus dévoué serviteur que moi.



Pour
mieux témoigner du crime dont on les avait accusés, Martine avait été, elle
aussi, habillé en mauresque, et ce honteux travesti l’affligeait. Elle
acceptait d’être condamnée pour s’être enfuie avec un infidèle avec un
infidèle, mais elle était au désespoir qu’on pût croire qu’elle avait renié sa
religion. De temps à autre, cependant,
l’abbé, qui avait eu pitié d’eux lors du jugement, venait les voir et à forces
d’entendre les pieuses plaintes de Martine, de considérer la fierté impassible
de Hakem dont il admirait la foi robuste, il essaya de leur venir en aide. Un
jour, il se présenta devant le Saint-Office et déclara qu’il était injuste
qu’on ne laissât pas aux condamnés une chance d’obtenir leur grâce. Il
conseilla de s’adresser à Dieu pour trancher la question. Seul, un miracle pouvait
être envisagé : Laissons le Seigneur seul juge de ce cas auquel il est le
premier intéressé. Je suis d’avis que nous remettions ces malheureux en
liberté, si deux autres Maures se présentant, leur ressemblant en tous points,
et acceptent éternellement de les remplacer pour sonner les heures de
l’horloge…. Tout le monde opina pour cette solution, qui délivrait les
consciences d’un certain remords et laissait Dieu seul maître de réaliser ce
qui ne pouvait survenir que d’un réel miracle. Hakem et Martine continuaient
toujours à battre leurs heures, se demandant quand donc la folie les
délivrerait de leur cauchemar. Mais, pendant ce temps, le bon abbé se mettait
au travail. Il était fort habile en mécanique et, priant Dieu de l’assister
dans ce charitable projet, il se mit à confectionner deux grands
automates : deux jacquemarts ressemblant en tous points à Hakem et a
Martine, armés chacun d’un marteau et qui, par un dispositif d’horlogerie,
s’avançaient comme eux au moment voulu pour taper sur la cloche. En grand
mystère, il les installa dans la tour de l’hôtel de ville et, le cœur battant, attendit le
moment décisif, Hakem et Martine, qu’il
avait mise au courant, faisaient tous deux des vœux pour la réussite de
l’expérience, qui allait enfin consacrer leur liberté… Il était deux heures du
matin. Les deux corps venaient à peine de sonner à la cathédrale, quand il se
produisit dans l’horloge une sorte de déclenchement. Un gros bourdonnement de
rouages et de ressorts résonna et l’on vit les deux automates, levant leurs
marteaux, se diriger par l’ouverture avec un ensemble parfait, se tourner vers
la cloche et abaisser par deux fois leurs marteaux, puis regagner leur
cellule.. Martine pleurait de bonheur dans les bras de leur sauveur. Alors,
hakem dit : Je n’ai qu’une promesse. A partir de cet instant, j’adore
comme mon seul Dieu le Dieu de Martine… Je suis prêt à être baptisé, monsieur
l’abbé…Je veux être la serviteur de celui qui fait de si grands miracles… Dès
les premières heures de l’aube, la nouvelle de l’incroyable événement se
répandit comme une traînée de poudre dans toute la ville. Tout Cambrai se
trouva bientôt réuni sur la place et, quand les automates parurent, il n’y eut
qu’un cri : Miracle ! Alléluia !



Le jour
même, au milieu d’une affluence considérable, hurlant cette fois, de joie et
d’allégresse, eut lieu le baptême solennel de Hakem, auquel on donna le nom de
chrétien de Martin. Cette cérémonie fut immédiatement suivie du mariage de
Martin et de Martine, qui furent nommés, par acclamations, citoyens d’honneur
de la ville. Quant à van Richter, qui
n’était pas au fond un si mauvais homme qu’il en avait l’air, et que, depuis
l’arrestation des jeunes gens, le remords tenaillait, il demanda sincèrement
pardon. Comme il était célibataire, il adopta Hakem et dota richement le jeune
ménage. Et, depuis lors, Martin et
Martine continuent toujours à sonner les heures à l’hôtel de ville de Cambrai.
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